— C’est joli à dire, mais…
— Parlons hygiène, alors… — Et l’abbé eut un sourire de pitié un peu méprisante. — Je puis vous attester tout d’abord que vous ne serez pas tenu, en votre qualité de retraitant, de mener la vie du trappiste, dans ce qu’elle a de plus austère. Vous pourrez ne pas vous lever à deux heures du matin pour suivre l’office de Matines, mais bien à trois ou même à quatre heures, selon les jours.
Et souriant devant la grimace de Durtal, l’abbé poursuivit : — quant à votre nourriture, elle sera meilleure que celle des moines ; vous n’aurez naturellement ni poisson, ni viande, mais l’on vous accordera certainement un œuf par repas si les légumes ne vous suffisent point.
— Et les légumes sont cuits à l’eau et au sel, sans assaisonnement…
— Mais non, ils ne sont accommodés au sel et à l’eau que dans les temps de jeûne ; les autres jours vous les aurez cuits dans un lait coupé d’eau ou d’huile.
— Merci bien, s’écria Durtal.
— Mais tout cela est excellent pour la santé, continua le prêtre ; vous vous plaignez de gastralgies, de migraines, de maux d’entrailles ! Eh bien, ce régime-là, à la campagne, au plein air, vous guérira mieux que les drogues qu’on vous fait prendre.
Puis laissons, si vous le voulez bien, de côté, votre corps, car, en pareil cas, c’est à Dieu qu’il appartient de réagir contre ses défaillances ; je vous le dis, vous ne serez pas malade à la Trappe, car ce serait absurde ; ce serait le renvoi du pécheur pénitent et Jésus ne serait plus le Christ alors ! — mais parlons de votre âme. — Ayez donc le courage de la toiser, de la regarder bien en face ; la voyez-vous ? Reprit l’abbé, après un silence.
Durtal ne répondit pas.
— Avouez donc, s’écria le prêtre, qu’elle vous fait horreur !