— Le temps d’avoir une réponse, comptons deux fois vingt-quatre heures ; voulez-vous vous y rendre dans cinq jours ?
Et comme Durtal, abasourdi, se taisait.
— Est-ce entendu ?
Alors Durtal éprouva, dans ce moment, une chose étrange ; ce fut, ainsi que plusieurs fois à Saint-Séverin, une sorte de touche caressante, de poussée douce ; il sentit une volonté s’insinuer dans la sienne, et il recula, inquiet de se voir ainsi géminé, de ne plus se trouver seul dans ses propres aîtres ; puis il fut inexplicablement rassuré, s’abandonna, et dès qu’il eut prononcé ce « oui », un immense allègement lui vint ; et, sautant alors d’un excès à un autre, il s’ébroua à l’idée que ce départ n’aurait pas lieu tout de suite et il regretta de passer encore à Paris cinq jours.
L’abbé se mit à rire. — Mais encore faut-il que les trappistes soient prévenus ; c’est une simple formalité, car avec un mot de moi, vous serez aussitôt reçu, mais attendez au moins que je l’envoie, ce mot ! Je le mettrai à la poste ce soir, n’ayez donc aucune inquiétude et dormez en paix.
Durtal rit, à son tour, de son impatience. — Avouez, dit-il, que je deviens bien ridicule !
Le prêtre haussa les épaules. — Voyons, vous m’avez questionné sur ma petite Trappe ; je vais m’efforcer de vous satisfaire. Elle est minuscule si on la compare à la grande Trappe de Soligny ou aux établissements de Sept-Fonds, de Meilleray ou d’Aiguebelle, car elle ne se compose que d’une dizaine de pères de chœur et d’une trentaine de frères-lais ou convers. Il y a aussi avec eux un certain nombre de paysans qui travaillent à leurs côtés et les aident à cultiver la terre ou à fabriquer leur chocolat.
— Ils font du chocolat !
— Cela vous étonne ? et avec quoi voulez-vous qu’ils vivent ? Ah dame ! Je vous préviens, ce n’est pas dans un somptueux monastère que vous irez !
— J’aime mieux cela. — Mais, à propos des légendes sur les Trappes, je suppose que les moines ne se saluent pas d’un « frère, il faut mourir » et qu’ils ne creusent pas, chaque matin, leur tombe ?