—En second lieu, reprit-il, vous pensiez bien, n'est-ce pas? que la situation irrégulière dans laquelle vous viviez avec mon petit-fils ne pouvait durer. D'une façon ou d'une autre, elle se serait rompue. Ou Jules aurait été nommé sous-préfet dans une province et il se serait honorablement et richement marié, ou pour une cause que l'avenir eût pu seul nous apprendre, il vous eût quittée ou eût été quitté par vous: dans ces deux cas, votre liaison aurait forcément pris fin.
—Non, monsieur, fit-elle vivement, en levant sa tête, non, Jules ne m'aurait pas abandonnée. Il aurait épousé la mère de son enfant; il me l'a dit, combien de fois!
—Allons donc, mâtine, murmura le notaire, voilà ce que je voulais te faire avouer. Cette fois, ses scrupules se mettaient à couvert; cette fille, qui n'avait pas l'excuse de s'être livrée vierge à son petit-fils, nourrissait le projet de se marier!
C'est un comble, se répétait-il; nous aurions eu ce torchon-là dans notre famille! Il resta déconcerté; en une rapide vision, il aperçut Jules amenant cette femme, traversant la localité, toute entière sur ses portes, entrant au milieu de la famille consternée par cette mésalliance; il aperçut cette femme, sans tenue, ne sachant ni manger, ni s'asseoir, lâchant des coq-à-l'âne, compromettant sa situation par le ridicule de sa vie présente et l'infamie de sa vie passée.—Ah bien, nous l'avons échappé belle!
Sa résolution était, du coup, inébranlable.
—Voulez-vous signer, oui ou non, ce reçu? dit-il, d'un ton bref.
Elle refusa d'un geste.
—Faites bien attention, je vous ouvre une porte de sortie, vous la refusez; prenez garde que moi-même je ne la ferme.
Puis, voyant qu'elle persistait à se taire, il ravala sa colère, se croisa les bras et reprit, d'une voix paterne:
—Croyez-moi, ne soyez pas mauvaise tête; d'abord, cela ne vous avancerait à rien; réfléchissez: si vous refusez de signer ce reçu, que va-t-il se passer? vous allez vous trouver sur le pavé, sans sou ni maille, sans le temps de vous retourner pour en avoir; voyons, dans l'intérêt même de ce petit innocent que vous portez dans vos entrailles, ne vous entêtez pas à rejeter cette offre qui est la seule acceptable, car elle concilie les intérêts des deux parties. Allons, un bon mouvement...