Si bien que le capitaine Jamie s’en persuada et qu’il crut qu’il existait bien trente-cinq livres de dynamite qui se baladaient en liberté, quelque part dans la prison, et que quarante incorrigibles, résolus à tout, étaient sur le point de faire sauter la cambuse.
Face-d’Été, cela va de soi, fut mis sur la sellette. Le pauvre diable jura ses grands dieux que le fameux ballot ne contenait que du tabac. Winwood jura de son côté que le tabac était de la dynamite, et c’est lui qui fut cru. Et, comme le vendeur de qui Face-d’Été prétendait avoir acquis le tabac en contrebande ne put être retrouvé, tous les doutes tombèrent et Face-d’Été fut définitivement inculpé de complicité.
Là-dessus, je fis mon entrée dans l’aventure. Ou, plus exactement, je disparus à nouveau de la lumière du soleil. Je fus, en effet, sans tambour ni trompette, reconduit au Quartier des Cachots, d’où je ne devais plus jamais sortir.
J’étais stupéfait. On venait de me tirer du même quartier, j’étais aplati sur le sol de ma cellule, tout démantibulé par la souffrance. Et ça recommençait !
— Maintenant, dit Winwood au capitaine Jamie, la dynamite, quoique nous ignorions où elle se trouve, est en lieu sûr. Standing est le seul à connaître la nouvelle cachette et, de là où il est, il ne peut rien faire. Quant aux quarante hommes dont je vous ai parlé, ils sont sur le point de mettre à exécution leur projet d’évasion. Rien de plus facile que de les cueillir sur le fait. C’est moi qui dois fixer l’heure d’agir. Je leur dirai que c’est pour la nuit prochaine, à deux heures, et que j’ouvrirai moi-même leurs cellules et leur distribuerai des revolvers. Si, à deux heures de nuit, vous ne récoltez pas mes quarante bonshommes, que j’appellerai successivement par leur nom, habillés et bien éveillés, dans le corridor de la prison, alors, capitaine, je consens à terminer mes jours, enclos à jamais dans une cellule solitaire… Nous aurons tout loisir, lorsque les quarante seront au cachot, de chercher la dynamite.
— Et je la trouverai ! déclara le capitaine. Quand bien même je devrais, pierre par pierre, démolir toute la prison !
Le capitaine, ni personne, n’a naturellement, depuis six ans, découvert une once d’explosif, quoique la prison ait été cent fois mise sens dessus dessous.
Le gouverneur Atherton, jusqu’au dernier jour de sa fonction, n’en croira pas moins, dur comme roc, à l’existence de cette fameuse dynamite. Le capitaine Jamie, qui est toujours capitaine du quartier, ne désespère pas de mettre, quelque matin, la main dessus. Tout récemment encore, il a fait le trajet de San Quentin à Folsom pour venir, tout exprès, m’interroger à ce sujet dans ma cellule.
Tous ces abrutis ne respireront un peu à leur aise, je n’en doute point, que le jour où j’aurai été balancé en l’air, au bout d’une corde.