Je demeurai anéanti. Cette femme admirable me promettait son amour… si je trahissais Rome ! Elle était plus femme encore que je ne le croyais.

Je me tus, sans pouvoir rien répondre. Miriam prit mon silence pour un acquiescement. Elle se dégagea lentement de mon étreinte, parut réfléchir longuement, puis ajouta :

— Vous prendrez, Lodbrog, un cheval de plus. Il sera pour moi. Je partirai avec vous… Et je vous suivrai à travers le monde, partout où il vous plaira d’aller…

C’était me faire un présent de roi, un présent en échange duquel on me demandait un acte honteux. Je ne répondais toujours rien. J’étais triste, immensément triste. Non point que j’hésitasse sur mon devoir. Mais je comprenais que j’allais perdre, à tout jamais, celle qui était là, devant moi.

Elle reprit, avec insistance :

— Il n’y a aujourd’hui qu’un homme, à Jérusalem, qui soit capable de Le sauver. Et cet homme, c’est vous, Lodbrog !

Comme je demeurais immobile et silencieux, elle me saisit dans ses mains nerveuses, et me secoua si violemment que mes armes en cliquetèrent.

— Parlez, Lodbrog ! Parlez ! ordonna-t-elle. Vous êtes un homme fort et vaillant ! Vous ne redoutez pas, je le sais, la vermine qui voudrait Le détruire. Dites « oui » et Il est sauvé. Et moi, pour ce que vous aurez fait, je vous aimerai éternellement !

Je répondis, très lentement, car c’était pour moi l’abandon de tout espoir sur cette femme :

— Je suis Romain…