Sa voix se fit caressante, infiniment. Ses yeux plongèrent dans les miens leurs grands puits noirs. Elle s’offrait, en une promesse immense, tellement vaste et profonde que nulle parole ne pourrait la traduire.
— M’aimez-vous ? demanda-t-elle.
— Oui, je vous aime, répondis-je. Je vous aime, au delà même de mon entendement ! Mais Rome est ma mère nourricière. Si je la trahissais, je deviendrais, par cela même, indigne de votre amour.
Dehors, la clameur qui suivait Jésus s’était éloignée. Tout était redevenu muet dans Jérusalem comme dans le palais. Miriam me tourna le dos, sans un mot d’adieu, et se dirigea vers la porte, pour s’en aller.
Une ruée de désirs fous remonta en moi. Je courus après elle et, sur sa chair qui se débattait, mes bras resserrèrent leur étau puissant. Je lui clamai que j’allais la mettre avec moi sur mon cheval, et l’emporter loin de cette ville maudite, de cette ville de folie. Je l’écrasai contre moi.
Elle me frappa au visage. Mais je ne la lâchai point, car ses coups m’étaient doux. Alors, elle cessa de lutter. Elle devint froide et inerte. Et je compris que celle que j’étreignais ne m’aimait plus. Ce n’était plus que son cadavre que j’avais entre les bras.
Lentement, je desserrai mon étreinte. Lentement elle se recula, à pas lents elle s’éloigna et, soulevant les tentures de la porte, disparut.
Tels sont les faits dont moi, Ragnar Lodbrog, j’affirme, avec simplicité et droiture, avoir été témoin. Tels que je les ai racontés, je les rapportai à Sulpicius Quirinus, légat de Rome en Syrie, vers qui je fus ensuite envoyé par Pilate, pour le mettre au courant des événements qui s’étaient déroulés à Jérusalem.
CHAPITRE XXII
COMMENT JE SERAI PENDU
La possibilité de suspendre momentanément le cours normal de la vie est un fait courant, non seulement parmi le monde végétal et chez les espèces animales inférieures, mais même chez l’organisme humain, beaucoup plus complexe et développé. De temps immémorial, les fakirs de l’Inde, en se mettant en état cataleptique, ont joui de cette faculté qui leur permet de se faire impunément enterrer vivants. Il arrive aussi que les médecins ordonnent, de fort bonne foi, d’ensevelir des gens dont la vie est momentanément suspendue, et qui pourtant ne sont nullement morts.