— Vous êtes une bourrique, gouverneur ! Une bourrique, un porc, un chien, un être si vil que je ne veux même plus salir ma salive en vous la crachant à la figure ! Jake Oppenheimer s’est montré tantôt moins dégoûté que moi, et je l’en blâme. Un homme doit mieux se respecter.
Il meugla :
— Ma patience est à bout, à bout, à bout ! Mais je réussirai quand même à te tuer, Standing…
Je répliquai :
— Vous avez bu, gouverneur ! Prenez garde de parler ainsi devant vos gardiens. Ces chiens de prison vous trahiront quelque jour et vendront la mèche. Et c’est à vous alors qu’il en cuira.
Le vin lui monta à la tête, tant et si bien qu’il perdit toute maîtrise de lui-même.
— Qu’on lui mette une seconde camisole ! ordonna-t-il. Une seconde sur la première ! Tu en crèveras, coquin… Mais pas ici. A l’Infirmerie, selon le règlement. A l’Infirmerie, où l’on t’emportera avant ton dernier soupir, et d’où tu partiras au cimetière !
Son commandement fut exécuté et, sur ma première camisole, on m’en fit endosser une seconde, mise à rebours, celle-là, la poitrine sur mon dos et lacée sur moi par devant.
Je ricanai :
— Dieu de Dieu, gouverneur ! Quel intérêt vous prenez à ma santé ! Le froid est vif et piquant… Merci de songer à me tenir chaud. Deux camisoles ! J’y serai encore mieux.