Les gardiens m’entraînèrent, et j’en restai là avec Skysail Jack. Il était clair que, lui aussi, avait fini par croire à cette fabuleuse dynamite.

Pourquoi, maintenant, je suis ici, non plus à San Quentin mais à Folsom, et pourquoi, dans un temps bref, je vais être pendu ? Je vais vous l’apprendre.

Ce n’est pas pour cette vieille histoire du professeur Haskell, mon collègue, que j’ai tué. C’est parce que j’ai été déclaré coupable de voies de fait contre un de mes gardiens. Mon cas est mauvais, à n’en point douter. Il est contraire à la discipline de la prison, et clairement inscrit dans le Code.

Voyez quelle est ma malchance. A l’époque où je tuai le professeur Haskell, cette loi n’existait pas. Elle ne fut votée qu’après ma première condamnation. Je prétends donc qu’en ce qui me concerne, l’application de cette loi, qu’il m’était impossible de prévoir, est anticonstitutionnelle. Et tout homme sensé sera de mon avis.

Mais quelle portée cet argument peut-il bien avoir sur l’esprit de soi-disant légistes, qui prétendent, en réalité, se débarrasser à tout prix de l’honorable et bien connu professeur d’agronomie Darrell Standing ? Loyalement, je reconnais d’ailleurs qu’il y a eu un précédent à mon exécution. Voilà un an, ainsi que le savent tous ceux qui lisent les journaux, on a pendu Jake Oppenheimer, dans cette même prison de Folsom, et pour délit exactement semblable. La seule différence qu’il y ait entre son cas et le mien, c’est qu’il n’avait pas fait saigner avec son poing le nez d’un gardien. Non. Mais de son couteau à pain, et sans le faire exprès, il avait d’un autre gardien entaillé quelque peu la peau.

Notre existence ici-bas, la façon d’être des hommes entre eux, le maquis inextricable des lois… mon Dieu ! que tout cela est bizarre ! J’écris ces lignes dans la même cellule qu’occupait à Folsom, au Quartier des Assassins, Jake Oppenheimer. On l’en a tiré pour le pendre, comme on va faire de moi.

Comme si vous pouviez, tas d’idiots, tas de bandits, étrangler mon âme immortelle, avec votre corde et votre potence ! En dépit de vous, je foulerai, encore et bien des fois, cette belle terre. Et j’y marcherai, en chair et en os, tour à tour, comme dans le passé, prince ou paysan, homme savant ou brute stupide, tantôt assis au sommet de l’échelle sociale, et tantôt grinçant sous la roue du sort.

CHAPITRE V
DES TAPOTEMENTS DANS LA NUIT

Ce que j’écris est forcément un peu décousu… Revenons à San Quentin et à la cellule solitaire no 1, où je venais d’être enfermé.

Tout d’abord, je me trouvai désespérément seul et les premières heures s’écoulèrent bien lentes, les premiers jours me semblèrent un infini.