— Alors, de quoi te plains-tu ? riposta la voix. Quand tu seras crevé, tu ne souffriras plus… Et puis, croasse si ça t’amuse, mais pas si fort ! Tout ce que je demande, c’est que tu ne troubles pas mon beau sommeil…
Cette sèche indifférence de mes souffrances m’irrita et je repris la maîtrise de moi. Je n’articulai plus que des grognements étouffés. Cette nouvelle phase dura un temps infini. Dix minutes peut-être. Et mes tortures prirent une autre forme.
C’étaient maintenant des aiguilles et des épingles qui foisonnaient dans tout mon être, et le transperçaient de part en part, de leurs innombrables et imperceptibles piqûres. Je tins bon et demeurai calme. Puis les picotements cessèrent et firent place à un engourdissement général, qui me parut mille fois plus effrayant. Je recommençai à crier.
Mon voisin recommença à se plaindre.
— Impossible, bon Dieu ! de fermer l’œil… Dis donc, camarade, je ne suis pas plus heureux que toi… Ma camisole est aussi étriquée que la tienne ! C’est pourquoi je veux dormir et oublier…
— Depuis combien de temps es-tu dedans ? interrogeai-je.
Je croyais, en mon for intérieur, et songeant aux siècles de souffrance qui semblaient s’être écoulés pour moi, que cet homme si calme était là depuis quelque cinq minutes.
Il répondit :
— Depuis avant-hier.
— Depuis avant-hier dans la camisole ?