Mes poumons écrasés haletaient vers un peu d’air. Mon cœur menaçait d’éclater. Mon cerveau vacillait. Et pourtant un sourire à l’adresse du gouverneur Atherton se dessina sur mes lèvres.
CHAPITRE XI
A TRAVERS LES ÉTOILES
La porte claqua, me laissant seul, sur le dos, dans la demi-obscurité de ma cellule.
Grâce aux nombreux artifices auxquels je m’étais éduqué dans mes séances de camisole, je réussis, en me tordant sur place, à avancer, pouce par pouce, jusqu’à ce que le bord de la semelle de mon soulier droit touchât un des murs de la cellule. J’en éprouvai une indicible allégresse. Je n’étais déjà plus tout à fait seul. Je pouvais causer avec Morrell et Oppenheimer.
Mais le gouverneur avait sans doute donné aux gardiens des ordres sévères. Car, bien que j’appelasse Morrell avec l’intention de lui annoncer que j’allais tenter la fameuse expérience, je n’obtins de lui aucune réponse. On l’empêcha de me parler. Je ne reçus, quant à moi, que des injures des gardiens. J’étais dans ma camisole pour dix jours, au delà de toute menace et de tout châtiment.
La sérénité de mon esprit, je m’en souviens, était complète à cette heure. Elle planait sur les souffrances, passivement supportées, de mon corps. Et cette sérénité n’allait pas sans une exaltation vers le rêve, qui était à son paroxysme. Je me sentais en excellente forme pour risquer la grande épreuve.
Je commençai à concentrer vers elle toutes mes pensées. En dépit des picotements que, par suite de l’arrêt normal de la circulation, je sentais dans tout mon corps, et de l’engourdissement qui en résultait, je dirigeai ma volonté vers l’orteil de mon pied droit. Je voulus qu’il mourût, qu’il mourût non de lui-même, mais par la seule volonté de moi qui lui commandais. Ce qui était complètement différent. Et il mourut.
Ce point acquis, le reste, comme me l’avait dit Morrell, fut aisé. L’opération fut lente, je le reconnais. Mais, doigt après doigt, les dix doigts de mes deux pieds cessèrent d’être. Puis, membre par membre, jointure par jointure, la mort progressive continua.
Elle monta d’abord des doigts jusqu’au cou-de-pied, puis jusqu’aux jambes et aux genoux. Telle était la fixité de ma pensée, et sa parfaite exaltation, que je ne connus même pas la joie de mon succès. Une seule préoccupation me tenait. J’ordonnais à mon corps de mourir, et il obéissait. Je m’adonnais à ma tâche avec tout le soin que met un maçon à empiler ses briques. Et cette tâche, qui m’absorbait tout entier, me paraissait aussi naturelle que peut sembler la sienne audit maçon.
Au bout d’une heure, la mort ascendante avait atteint mes hanches, et je continuais à vouloir qu’elle montât encore.