Il y avait une fois un paysan nommé Écrevisse. Ayant porté une charge de bois chez un docteur, il remarqua les mets choisis et les vins fins dont se régalait celui-ci, et demanda, en ouvrant de grands yeux, s'il ne pourrait pas aussi devenir docteur?

—Oui certes, répondit le savant; il suffit pour cela de trois choses: 1° procure-toi un abécédaire, c'est le principal; 2° vends ta voiture et tes boeufs pour acheter une robe et tout ce qui concerne le costume d'un docteur; 3° mets à ta porte une enseigne avec ces mots: Je suis le docteur universel.

Le paysan exécuta ces instructions à la lettre. A peine exerçait-il son nouvel état, qu'une somme d'argent fut volée à un riche seigneur du pays. Ce seigneur fait mettre les chevaux à sa voiture et vient demander à notre homme s'il est bien le docteur universel.

—C'est moi-même, monseigneur.

—En ce cas, venez avec moi pour m'aider à retrouver mon argent.

—Volontiers, dit le docteur; mais Marguerite, ma femme, m'accompagnera.

Le seigneur y consentit, et les emmena tous deux dans sa voiture. Lorsqu'on arriva au château, la table était servie, le docteur fut invité à y prendre place.

—Volontiers, répondit-il encore; mais Marguerite, ma femme, y prendra place avec moi.

Et les voilà tous deux attablés.

Au moment où le premier domestique entrait, portant un plat de viande, le paysan poussa sa femme du coude, et lui dit: