Cependant quand le temps des semailles fut venu, le paysan sema, non plus des raves, mais du froment. La moisson étant mûre, notre rusé compère retourna au champ et coupa au pied les tiges des épis, si bien que lorsque le diable arriva à son tour, il ne trouva plus que les pointes de la paille et les racines. Dans sa rage et sa confusion, il alla se cacher au fond d'un abîme.
C'est ainsi qu'il faut berner les renards, dit le paysan, en allant ramasser son trésor.
LES TROIS VIEUX.
Le nouveau pasteur du village d'Oest, passant un jour devant une ferme dépendante de sa commune, mais située à l'écart au milieu des champs, aperçut, assis sur un banc de pierre auprès de la porte, un vieillard en cheveux blancs qui pleurait à chaudes larmes.
—Qu'avez-vous donc, pour vous désoler ainsi? lui demanda avec intérêt le bon pasteur.
—Hélas! répondit en sanglotant le vieillard, je pleure parce que mon père m'a battu!
Ces paroles, comme bien on pense, excitèrent au plus haut point l'étonnement du vénérable pasteur. Il se hâta de descendre de cheval, et d'entrer dans la maison. A peine franchissait-il le seuil, qu'il aperçut un autre vieillard beaucoup plus âgé que le premier, et dont les traits annonçaient une agitation violente.
—Qui peut vous émouvoir ainsi, mon père? lui demanda avec intérêt le bon pasteur.
—Ne m'en parlez pas! répondit le vieillard encore tout tremblant de colère! est-ce que mon étourdi de fils n'a pas eu la maladresse de faire tomber mon père!
Pour le coup, le bon pasteur ne voulait point croire ses oreilles, mais il dut bien se rendre au témoignage de ses yeux qui, en se tournant vers la cheminée, aperçurent assis dans un fauteuil au bord du feu un troisième vieillard au dos tout voûté par l'âge mais d'un air encore vigoureux.