— Figure-toi, disait-elle à l’aimable Curculio en montant les marches, que je ne sais même pas comment c’est à l’intérieur.
— Il n’y a pas grande différence avec nos basiliques, répondit Curculio. Mais c’est un endroit curieux. Ma mère m’y menait encore lorsque j’étais petit. Alors je ne comprenais guère l’histoire de Cybèle que je vous expliquerai si je peux.
— Qu’y a-t-il donc à expliquer ? demanda la blonde Lucilla. Nous connaissons ces fables ridicules.
— On ne vous a pas tout dit, fit Curculio avec mystère.
Il s’efforçait d’ouvrir devant Serena la lourde porte de bronze dont les gonds grinçaient et il pria son ami Vibullius de l’aider. Mais Vibullius, triste et soucieux, restait à l’écart.
— Qu’as-tu donc, Vibullius ? lui demanda Serena de son ton impérial.
— J’avoue, répondit le jeune patricien, que je n’aime pas cette partie de plaisir. Moi aussi je suis venu dans ce lieu au temps de mon enfance. Mon père m’y conduisait. Il est resté attaché aux vieilles croyances jusqu’à son dernier jour. J’aurais peur d’offenser sa mémoire en entrant ici. Ne jouons pas avec des choses qui restent sacrées pour d’autres si elles ne le sont plus pour nous.
Vibullius avait hésité longtemps avant d’abandonner la foi des ancêtres. Il y tenait encore par des fibres cachées. Jeune garçon, il était remarqué pour sa piété exacte et il composait, en l’honneur des dieux, des hymnes qui lui valurent les éloges du grammairien Cornificius. Il se moquait alors des chrétiens. C’était lui qui avait dessiné sur le mur du Pædagogium son camarade Alaxamène agenouillé devant un âne mis en croix. Les archéologues ont retrouvé cette image et ils en ont disputé longuement.
Cependant, Vibullius ayant évoqué son père, l’élégant Aurélius s’écria avec un grand rire :
— Allons donc ! Et mon oncle qui était pontife suprême ! Où en serions-nous si nous nous arrêtions à nos souvenirs ? Nous savons tous que, dans nos familles, on a adoré les dieux. Mon cher Vibullius, n’ayons pas de ces scrupules surannés.