Si tu meurs, objet le plus digne d'être chéri, et dont j'ai si indignement reconnu les bontés, je ne veux pas te survivre. Je mourrai après avoir sacrifié sur ta tombe la barbare Olympia.
Si tu m'es rendue, je serai à toi, je reconnaîtrai tes bienfaits, je couronnerai tes vertus, ta patience; je me lie par des liens indissolubles, et ferai mon devoir de te rendre heureuse par le sacrifice aveugle de mes sentiments et de mes volontés.
Je ne peindrai point les efforts pénibles de l'art et de la nature, pour rappeler à la vie un corps qui semblait devoir succomber sous les ressources mises en œuvre pour le soulager.
Vingt et un jours se passèrent sans qu'on pût se décider entre la crainte et l'espérance; enfin, la fièvre se dissipa, et il parut que la malade reprenait connaissance.
Je l'appelais ma chère Biondetta, elle me serra la main. Depuis cet instant, elle reconnut tout ce qui était autour d'elle. J'étais à son chevet: ses yeux se tournèrent sur moi; les miens étaient baignés de larmes. Je ne saurais peindre, quand elle me regarda, les grâces, l'expression de son sourire. «Chère Biondetta! reprit-elle; je suis la chère Biondetta d'Alvare.» Elle voulait m'en dire davantage: on me força encore une fois de m'éloigner.
Je pris le parti de rester dans sa chambre, dans un endroit où elle ne pût pas me voir. Enfin, j'eus la permission d'en approcher. «Biondetta, lui dis-je, je fais poursuivre vos assassins.
—Ah! ménagez-les, dit-elle; ils ont fait mon bonheur. Si je meurs, ce sera pour vous; si je vis, ce sera pour vous aimer.»
J'ai des raisons pour abréger ces scènes de tendresse qui se passèrent entre nous jusqu'au temps où les médecins m'assurèrent que je pouvais transporter Biondetta sur les bords de la Brenta, où l'air serait plus propre à lui rendre ses forces. Nous nous y établîmes. Je lui avais donné deux femmes pour la servir, dès le premier instant où son sexe fut avéré, par la nécessité de panser ses blessures. Je rassemblai autour d'elle tout ce qui pouvait contribuer à sa commodité, et ne m'occupai qu'à la soulager, l'amuser et lui plaire.
Ses forces se rétablissaient à vue d'œil et sa beauté semblait prendre un nouvel éclat. Enfin, croyant pouvoir l'engager dans un conversation assez longue, sans intéresser sa santé: «Ô Biondetta! lui dis-je, je suis comblé d'amour, persuadé que vous n'êtes point un être fantastique, convaincu que vous m'aimez, malgré les procédés révoltants que j'ai eus pour vous jusqu'ici. Mais vous savez si mes inquiétudes furent fondées. Développez-moi le mystère de l'étrange apparition qui affligea mes regards sous la voûte de Portici. D'où venaient, que devinrent ce monstre affreux, cette petite chienne qui précédèrent votre arrivée? Comment, pourquoi les avez-vous remplacés pour vous attacher à moi? Qui étaient-ils? Qui êtes-vous? Achevez de rassurer un cœur tout à vous, et qui veut se dévouer pour la vie.
—Alvare, répondit Biondetta, les nécromanciens, étonnés de votre audace, voulurent se faire un jeu de votre humiliation, et parvenir par la voie de la terreur à vous réduire à l'état de vil esclave de leurs volontés. Ils vous préparaient d'avance à la frayeur, en vous provoquant à l'évocation du plus puissant et du plus redoutable de tous les esprits; et, par le secours de ceux dont la catégorie leur est soumise, ils vous présentèrent un spectacle qui vous eût fait mourir d'effroi si la vigueur de votre âme n'eût fait tourner contre eux leur propre stratagème.