Est-il...

Les vieilles étaient en train. J'étais tout oreilles. Biondetta a quitté la danse: elle est accourue, elle me tire par le bras, me force à m'éloigner.

«Pourquoi m'avez-vous abandonnée, Alvare? Que faites-vous ici?

—J'écoutais, repris-je...

—Quoi! me dit-elle en m'entraînant, vous écoutiez ces vieux monstres?...

—En vérité, ma chère Biondetta, ces créatures sont singulières: elles ont plus de connaissances qu'on ne leur en suppose; elles me disaient...

—Sans doute, reprit-elle avec ironie, elles faisaient leur métier, elles vous disaient votre bonne aventure: et vous les croiriez? Vous êtes, avec beaucoup d'esprit, d'une simplicité d'enfant. Et ce sont là les objets qui vous empêchent de vous occuper de moi?...

—Au contraire, ma chère Biondetta, elles allaient me parler de vous.

—Parler de moi! reprit-elle vivement, avec une sorte d'inquiétude, qu'en savent-elles? qu'en peuvent-elles dire? Vous extravaguez. Vous danserez toute la soirée pour me faire oublier cet écart.»

Je la suis: je rentre de nouveau dans le cercle, mais sans attention à ce qui se passe autour de moi, à ce que je fais moi-même. Je ne songeais qu'à m'échapper pour rejoindre, où je le pourrais, mes diseuses de bonne aventure. Enfin je crois voir un moment favorable: je le saisis. En un clin d'œil j'ai volé vers mes sorcières, les ai retrouvées et conduites sous un petit berceau qui termine le potager de la ferme. Là, je les supplie de me dire, en prose, sans énigme, très-succinctement, enfin, tout ce qu'elles peuvent savoir d'intéressant sur mon compte. La conjuration était forte, car j'avais les mains pleines d'or. Elles brûlaient de parler, comme moi de les entendre. Bientôt je ne puis douter qu'elles ne soient instruites des particularités les plus secrètes de ma famille, et confusément de mes liaisons avec Biondetta, de mes craintes, de mes espérances; je croyais apprendre bien des choses, je me flattais d'en apprendre de plus importantes encore; mais notre Argus est sur mes talons.