Presque ébloui par cette illumination subite, je jette les yeux à côté de moi; au lieu d'une figure ravissante, que vois-je? O ciel! c'est l'effroyable tête de chameau. Elle articule d'une voix de tonnerre ce ténébreux Che vuoi qui m'avait tant épouvanté dans la grotte, part d'un éclat de rire humain plus effrayant encore, tire une langue démesurée...

Je me précipite; je me cache sous le lit, les yeux fermés, la face contre terre. Je sentais battre mon cœur avec une force terrible: j'éprouvais un suffoquement comme si j'allais perdre la respiration.

Je ne puis évaluer le temps que je comptais avoir passé dans cette inexprimable situation, quand je me sens tirer par le bras; mon épouvante s'accroît: forcé néanmoins d'ouvrir les yeux, une lumière frappante les aveugle.

Ce n'était point celle des escargots, il n'y en avait plus sur les corniches; mais le soleil me donnait d'aplomb sur le visage. On me tire encore par le bras: on redouble; je reconnais Marcos.

«Eh! seigneur cavalier, me dit-il, à quelle heure comptez-vous donc partir? Si vous voulez arriver à Maravillas aujourd'hui, vous n'avez pas de temps à perdre, il est près de midi.»

Je ne répondais pas: il m'examine: «Comment! vous êtes resté tout habillé sur votre lit: vous y avez donc passé quatorze heures sans vous éveiller? Il fallait que vous eussiez un grand besoin de repos. Madame votre épouse s'en est doutée: c'est sans doute dans la crainte de vous gêner qu'elle a été passer la nuit avec une de mes tantes; mais elle a été plus diligente que vous; par ses ordres, dès le matin tout a été mis en état dans votre voiture, et vous pouvez y monter. Quant à madame, vous ne la trouverez pas ici: nous lui avons donné une bonne mule; elle a voulu profiter de la fraîcheur du matin; elle vous précède, et doit vous attendre dans le premier village que vous rencontrerez sur votre route.»

Marcos sort. Machinalement je me frotte les yeux, et passe les mains sur ma tête pour y trouver ce filet dont mes cheveux devaient être enveloppés...

Elle est nue, en désordre, ma cadenette est comme elle était la veille: la rosette y tient. Dormirais-je? me dis-je alors. Ai-je dormi? serais-je assez heureux pour que tout n'eût été qu'un songe? Je lui ai vu éteindre la lumière... Elle l'a éteinte... La voilà...

Marcos rentre. «Si vous voulez prendre un repas, seigneur cavalier, il est préparé. Votre voiture est attelée.»