Cependant la voiture arrivait à Naples. Je reconduisis chez eux les amis de Soberano. Lui et moi revînmes à notre quartier. Le brillant de mon équipage éblouit un peu la garde devant laquelle nous passâmes en revue, mais les grâces de Biondetto, qui était sur le devant du carrosse, frappèrent encore davantage les spectateurs.
Le page congédie la voiture et la livrée, prend un flambeau de la main des estafiers, et traverse les casernes pour me conduire à mon appartement. Mon valet de chambre, encore plus étonné que les autres, voulait parler pour me demander des nouvelles du nouveau train dont je venais de faire la montre. «C'en est assez, Carle, lui dis-je en entrant dans mon appartement, je n'ai pas besoin de vous: allez vous reposer, je vous parlerai demain.»
Nous sommes seuls dans ma chambre, et Biondetto a fermé la porte sur nous; ma situation était moins embarrassante au milieu de la compagnie dont je venais de me séparer, et de l'endroit tumultueux que je venais de traverser.
Voulant terminer l'aventure, je me recueillis un instant. Je jette les yeux sur le page, les siens sont fixés vers la terre; une rougeur lui monte sensiblement au visage; sa contenance décèle de l'embarras et beaucoup d'émotion; enfin je prends sur moi de lui parler.
«Biondetto, vous m'avez bien servi, vous avez même mis des grâces à ce que vous avez fait pour moi; mais comme vous étiez payé d'avance, je pense que nous sommes quittes.
—Don Alvare est trop noble pour croire qu'il ait pu s'acquitter à ce prix.
—Si vous avez fait plus que vous ne me devez, si je vous dois de reste, donnez votre compte; mais je ne vous réponds pas que vous soyez payé promptement. Le quartier courant est mangé; je dois au jeu, à l'auberge, au tailleur...
—Vous plaisantez hors de propos.