Après avoir lu cette lettre, je la remis à Biondetta. «Répondez, lui dis-je, à cette femme qu'elle est folle, et vous savez mieux que moi combien elle est...

—Vous la connaissez, don Alvare, n'appréhendez-vous rien d'elle?...

—J'appréhende qu'elle ne m'ennuie plus longtemps; ainsi je la quitte; et pour m'en délivrer plus sûrement, je vais louer ce matin une jolie maison que l'on m'a proposée sur la Brenta.» Je m'habillai sur-le-champ, et allai conclure mon marché. Chemin faisant, je réfléchissais aux menaces d'Olympia. Pauvre folle! disais-je, elle veut tuer... Je ne pus jamais, et sans savoir pourquoi, prononcer le mot.

Dès que j'eus terminé mon affaire, je revins chez moi; je dînai; et, craignant que la force de l'habitude ne m'entraînât chez la courtisane, je me déterminai à ne pas sortir de la journée.

Je prends un livre. Incapable de m'appliquer à la lecture, je le quitte; je vais à la fenêtre, et la foule, la variété des objets me choquent au lieu de me distraire. Je me promène à grands pas dans mon appartement, cherchant la tranquillité de l'esprit dans l'agitation continuelle du corps.


VIII