Je l'appelai ma chère Biondetta, elle me serra la main. Depuis cet instant, elle reconnut tout ce qui était autour d'elle. J'étais à son chevet: ses yeux se tournèrent sur moi; les miens étaient baignés de larmes.

Je ne saurais peindre, quand elle me regarda, les grâces, l'expression de son sourire. «Chère Biondetta! reprit-elle; je suis la chère Biondetta d'Alvare.»

Elle voulait m'en dire davantage: on me força encore une fois de m'éloigner.

Je pris le parti de rester dans sa chambre, dans un endroit où elle ne pût pas me voir. Enfin, j'eus la permission d'en approcher. «Biondetta, lui dis-je, je fais poursuivre vos assassins.

—Ah! ménagez-les, dit-elle: ils ont fait mon bonheur. Si je meurs, ce sera pour vous; si je vis, ce sera pour vous aimer.»

J'ai des raisons pour abréger ces scènes de tendresse qui se passèrent entre nous jusqu'au temps où les médecins m'assurèrent que je pouvais faire transporter Biondetta sur les bords de la Brenta, où l'air serait plus propre à lui rendre ses forces. Nous nous y établîmes.

Je lui avais donné deux femmes pour la servir, dès le premier instant où son sexe fut avéré par la nécessité de panser ses blessures. Je rassemblai autour d'elle tout ce qui pouvait contribuer à sa commodité, et ne m'occupai qu'à la soulager, l'amuser et lui plaire.