Je la porte dans ma chaise, seul endroit où je pusse l'asseoir commodément: elle était heureusement à deux places. Je fais mon possible pour lui donner plus d'aisance à respirer, en la dégageant de ceux de ses vêtements qui la gênent; et, la soutenant entre mes bras, je continue ma route dans la situation que l'on peut imaginer.


XIII

NOUS arrêtons à la première auberge de quelque apparence: je fais porter Biondetta dans la chambre la plus commode; je la fais mettre sur un lit et m'assieds à côté d'elle. Je m'étais fait apporter des eaux spiritueuses, des élixirs propres à dissiper un évanouissement. A la fin elle ouvre les yeux.

«On a voulu ma mort, encore une fois, dit-elle; on sera satisfait.

—Quelle injustice! lui dis-je; un caprice vous fait refuser à des démarches senties et nécessaires de ma part. Je risque de manquer à mon devoir si je ne sais pas vous résister, et je m'expose à des désagréments, à des remords qui troubleraient la tranquillité de notre union. Je prends le parti de m'échapper pour aller chercher l'aveu de ma mère...

—Et que ne me faites-vous connaître votre volonté, cruel! Ne suis-je pas faite pour vous obéir? Je vous aurais suivi. Mais m'abandonner seule, sans protection, à la vengeance des ennemis que je me suis faits pour vous, me voir exposée par votre faute aux affronts les plus humiliants...