— Monsieur est seul ? demanda la bonne dont le visage placide, sous un bonnet blanc, évoquait les bouillons Duval ou les dispensaires.
— Oui, nom d’un petit bonhomme !… évidemment.
Elle eut un sourire mécanique.
— Il y a une dame, justement, qui avait un rendez-vous et son monsieur n’est pas venu… alors, je pensais que peut-être…
— Non… non… pas pour le moment.
Et comme le visage de la bonne se fermait, il ajouta :
— Je verrai… plus tard… j’ai besoin, nom d’un petit bonhomme ! de me reposer quelques instants.
Quand elle fut partie, il passa dans la salle de bains. L’émail blanc de la baignoire et les robinets nickelés l’attirèrent. Il se dévêtit lentement. Quand on découvrirait son corps, on aurait, du moins, l’impression de se trouver en face d’un homme soigné. Au sortir du bain, après s’être épongé, il se coucha, un verre d’eau et ses cachets sur la table de toilette à portée de sa main.
Les bruits de la rue arrivaient, étouffés par l’épaisseur des tentures. De temps en temps, il entendait le glissement de l’ascenseur, le long des tubes huilés. Il prit successivement dix cachets. Les deux premiers, qui étaient gros, se gonflèrent dans sa gorge, il dut boire à plusieurs reprises pour les faire passer. Les huit autres furent avalés facilement…
… On ne revoit pas, ainsi qu’on le croit communément, sa vie entière au moment de mourir, mais les aspérités de celle-ci. Il en est qui baignent dans la lumière, d’autres dans la nuit… Chez cet oncle prêtre qui lui montrait le latin, une odeur de terre, de choux et de toile cirée occupait le presbytère. A lire la vie de saint Stanislas Kostka, à douze ans, une émulation s’était emparée de lui. Il eût suffi d’un rien, à cette époque, pour qu’il devînt un saint. Il fut moins cinq, pensait-il, maintenant.