Il la questionna du regard. Elle acquiesça de la tête. Il avait compris, mais un besoin malsain de la torturer montait en lui :

— Rue Larochefoucauld, c’était ce…

Elle lui entourait le cou de ses bras pour le faire taire :

— Salaud ! dit-il en se dégageant.


Grand-Père s’était assoupi dans l’antichambre en attendant que Grand-Gosse voulût bien le recevoir. Rien de ce qui lui venait de son jeune ami n’était capable de le formaliser. Rebuffades, froideur, moqueries, il acceptait tout, ayant de longtemps pris son parti de tout supporter et y prenant cette sorte de plaisir béat qu’éprouvent les dévotes à remâcher des sucreries.

Aussi ne fut-il pas médiocrement surpris quand, à peine introduit dans le bureau, et ayant en deux mots expliqué les motifs de sa visite, il vit Grand-Gosse lui tendre cordialement les deux mains :

— Mon vieux Grand-Père, pour une fois, vous pouvez dire que votre démarche est de celles qui en valent la peine. Je vous prie de croire que nous n’allons nous ennuyer ni l’un ni l’autre… La fortune pour nous deux tout simplement… Car vous savez comme je suis régulier en affaires avec les amis. Mais motus, n’est-ce pas ? Pas un mot à quiconque ! A Fred, surtout, ni à Chauvert (à ce dernier je me réserve d’en parler quand il le faudra). Je sais — ici sa figure devint grave — que Morel-Aubier aime les fruits verts, ça peut l’entraîner loin cette petite histoire-là — à nous ça peut nous servir. Vous connaissez bien toujours le petit Masson de la brigade mondaine… Bon… parfait… Vous allez lui offrir de ma part un billet — vous m’entendez bien — un billet avec le double à revenir par la suite si je suis satisfait, à charge pour lui de me procurer le dossier relatif à Morel-Aubier…

Grand-Père rayonnait — et du contentement de son pupille — et d’avoir été chargé de ce qu’il considérait comme une mission de confiance.

Dès lors il eut toutes les audaces :