Il fit savoir en haut-lieu que si le gouvernement ne s’employait pas à faire cesser, par des arguments sonnants et trébuchants, les attaques dont le Nouveau-Journal était l’objet, celui-ci publierait certain dossier de police, en sa possession, concernant Morel-Aubier.
Le silence se fit immédiatement et l’affaire fut classée.
Pendant ces quelques jours de fièvre, Nicole ne quitta pour ainsi dire pas son ami. Ils connurent l’un et l’autre, au cours de ces heures tragiques, à quelles sources suspectes s’alimentent les plus profondes voluptés.
Puis, quand le calme fut revenu dans les esprits, elle invoqua un prétexte pour s’absenter de Paris.
— Ne me pose pas de question, le prévint-elle. D’ici très peu de temps je te ferai signe. Un mot à ton chauffeur et tu viens me retrouver.
Il y avait trois semaines qu’elle était partie et il n’était pas sans inquiétude à son sujet, quand un soir elle le demanda au téléphone :
— Viens, dit-elle, je t’attends. Tu me trouveras à Villers-Cotteret, à l’Hôtel du Grand-Cerf.
Un feu de bois pétillait dans la salle à manger. Elle était sortie en forêt. Il se chauffa en l’attendant. Les minutes passèrent, puis une demi-heure, une heure. Il allait sortir à tout hasard pour aller à sa rencontre, quand elle rentra. Elle était chaussée de souliers de marche à talons bas et portait un feutre d’homme.
— Prend ton auto, dit-elle, et renvoie ton chauffeur.
Il obéit. Elle monta à côté de lui.