1er mars.

Nous avons commencé le portrait: Si les séances sont toutes comme la première, le travail sera «de longue haleine». Il faut truquer et adoucir. Je place Lucia dans la pénombre.

...Un coup monté par Jean, sans doute: quand j’arrive ce matin, le mail-coach est dans la cour et les hommes me disent qu’on va tantôt à la Croix de Berny.

—...Comment? Et la séance?

Je monte chez Lucia, elle était prête à sortir, ravissante avec son cache-poussière gris, son voile blanc, un chapeau de printemps.

Il fait si beau, dit-elle, j’ai changé d’avis, Jean voulait déjeuner chez Liliane, sur le chemin; nous y allons, venez Georges, je vous emmène.

Non, je suis venu pour le portrait, c’est mal ce que vous faites. Ou bien ne voulez-vous plus poser, jamais? La première idée du portrait n’est pas de moi.

Une discussion s’ensuit. A ce moment, une grosse averse, Lucia donne des ordres: le mail-coach rentre aux écuries. Nous déjeunerons au Café anglais. A 3 h. 1/2, retour dans le salon où l’on roule mon chevalet; Lucia porte sa robe de peluche vert-bleu, (horrible), je n’ai pas osé la prier de mettre la noire. Elle s’est assise, grognon, dans un de ces énormes fauteuils de chez Penon, ses «bains de siège», dit-elle. Là dedans, plus de taille, plus de cou; fauteuil tout au plus bon pour une jeune fille maigre. Elle m’a fait des grimaces, a tiré la langue en me regardant. J’ai fait semblant de commencer, au fusain. Rien de bon! Je rageais.