Georges entend une autre voix d’hystérique dans le jardin:

—Où est Antonin? Antonin! Antonin! votre maître n’est pas mort... J’amène un chirurgien allemand, le seul opérateur possible, suivez-moi, docteur, je suis ici chez moi! Au nom du Ciel, sauvons mon grand ami, les médecins français sont des ânes...

Dans le vestibule, quelques reporters notent les documents biographiques que d’autres énergumènes leur jettent en pâture. Georges compte les minutes en attendant sa mère. A huit heures, Mme Aymeris arrive de Longreuil, accompagnée de ses belles-sœurs et de Nou-Miette.

Sans ouvrir la bouche, d’un pas assez alerte encore, elle monte, se prosterne, baise les mains et les joues du cadavre, et s’empare d’un prie-Dieu, où elle égrènera son chapelet jusqu’à ce qu’elle s’assoupisse.

Nou-Miette la déshabille, la porte dans son lit, qui est dans la pièce contiguë. Elle s’endort sans avoir pu proférer une parole.

Le lendemain matin, après avoir dit ses prières au chevet de M. Aymeris, elle descend, traverse le jardin, pour voir Mme Demaille. La nonagénaire n’aurait pas compris la nouvelle, lui en eût-on fait part. Pour elle, M. Aymeris, ne pouvait pas être mort, elle ne savait plus ce que c’était que la mort. Les deux femmes se regardent, s’embrassent.

—Alice, vous voici donc revenue?—sourit Mme Demaille. Ce n’est pas encore l’hiver! Il doit pourtant faire bon, à la campagne!

Georges ramène près du cadavre Mme Aymeris, toute impatiente de savoir si M. Aymeris était prêt. Quel prêtre avait-il vu? A-t-il reçu l’extrême-onction? Qu’a-t-il dit? Comment s’est-il comporté avec le prêtre? Et Georges subit une autre scène, Antonin, les dames amies accablent Georges de nouveaux reproches. M. Aymeris est en léthargie. Des pointes de feu, aux quatre membres! Ah! Si Mme Aymeris avait été prévenue! La maison retentit, à nouveau, de cris et de conversations, Georges enferme sa mère dans la chambre, et c’est alors que les religieuses peuvent enfin raconter les visites de M. le Curé; mais la malade, d’une pâleur jaune et translucide, se recouche sur l’ordre des médecins.