3 Mai.

«...Alors tu ne comprends pas? Tu me fais honte et tu choisis encore une carte postale.

Personne, heureusement, ne lit l’anglais chez nous: mais suppose qu’il en fût autrement! Ce que tu fais est monstrueux, je te le crie, parce que tu es capable, si tu le veux, de le sentir. Une femme sans pitié... Quelle mère aurais-tu fait! N’as-tu jamais eu de tendresse? Alors, tu te résignerais à m’apprendre une catastrophe dont tu aurais été la cause? Ton sexe est capable de tout, du meilleur et du pire, mais c’est le pire que tu réserves à ton Jojo.

Non, je ne puis y croire; viens, viens, viens vite, absolutely necessary!». N.-B.—Je traduis de l’anglais.

Lettre de Rosemary à Georges.—30 juin...

«...Je ne pouvais pas venir, et je vais te dire le pourquoi. J’ai lutté tant que j’ai pu, il faut maintenant que je te l’avoue; j’étais malade. Eh bien! oui, tu es père d’un gros garçon rose et blanc. Si ça n’avait été que pour moi, jamais, entends-tu, jamais tu ne m’aurais revue. Maintenant que le fait est accompli et qu’il vit, the darling, déjà plus bruyant que deux diables, je suppose qu’il n’y a plus deux partis à prendre pour une honnête femme.

....Je suis au bout de mes ressources et, as a matter of fact, c’est toi qui m’as donné le darling. Veux-tu que je te l’envoie? Je pourrais même le mener à Paris. Dis-moi comment faire.

Yours ever, Rosemary.»

Georges faillit s’évanouir, au reçu de ces lignes. Sa mère avait été plus mal encore et, la plupart du temps, ne reconnaissait personne de son entourage. L’urémie s’étant établie, Mme Aymeris pouvait à chaque instant être enlevée. Georges n’était pas sorti de sa chambre, même pour ses repas, depuis la veille. Il tenait sur ses genoux la vieille chienne Trilby qui, quoique aveugle, sautait à terre pour s’enfouir sous les draps de sa maîtresse. Georges, seul, en la caressant, l’empêchait de gémir ou d’aboyer. Mlle Caroline disait à son neveu:—Cette chambre a l’odeur d’un chenil, on devrait donner une boulette à cet animal. Ta pauvre mère ne s’en douterait pas, elle est déjà ailleurs.