M. Aymeris n’aime point non plus cette plaisanterie.

Josselin salue et prononce, comme un maître des cérémonies qui invite la famille d’un mort à partir pour l’église:

Madame est servie!

Mme Demaille courbe son bras en anse de panier:

—La main aux dames, Monsieur!

M. Aymeris profère un long «ma chè...ère!», obsédé par le retour quotidien de cette formule et de la révérence qui la souligne. On mange le potage à la crème de riz; la maîtresse de maison astique, à l’indignation de Josselin, une cuiller où l’on se mirerait; le convive la retire du poing de Mme Demaille, et repose la cuiller sur la nappe, s’excuse:—Vous connaissez votre maîtresse, mon brave!—Et l’on mange en silence.

Du temps du lycée, on composait le menu de Georges, pour le lendemain. Me Aymeris se tournait vers Josselin:—Monsieur Georges a-t-il un peu déjeuné aujourd’hui? Il n’a pas d’appétit le pauvre enfant? Il est si nerveux! Je ne sais pas ce qu’il a! Il ne cause qu’avec sa mère.

Josselin fait: hum! hum! tousse, et son larynx étant dégagé:—M. Georges a eu de la salade qu’on avait pour nous à la cuisine, i’n’mange que des cochonneries, sauf vot’respect, monsieur...

—Josselin, vieux nigaud, dites pas ça à M. Aymeris, on ne peut pas faire mourir de faim cet enfant, quand il refuse des nouilles et de la laitue cuite. Aviez-vous lavé la salade à l’eau filtrée, Josselin?

—On tuera mon fils, conclut papa.