Riquet lui expliqua d'abord l'utilité de l'immense réservoir qu'il créait là, puis il lui donna les explications les plus détaillées.

—Le barrage, lui dit-il, s'étend dans toute la largeur de la vallée qui est de quatre cents toises; l'épaisseur du mur de barrage est de trente toises, et sa hauteur de quinze toises et demi[8]; allant d'un versant à l'autre des montagnes, il la ferme complètement. Deux voûtes en maçonnerie sont construites dans toute l'épaisseur du barrage pour les manœuvres de l'écoulement des eaux du réservoir, lorsqu'il s'agit de remplir le canal.

—Et quelle quantité d'eau pourra contenir ce bassin? demanda le marquis.

—Ce réservoir contiendra six cent cinquante mille toises cubes d'eau, et lorsqu'il sera plein, en détournant l'eau des rigoles et en ouvrant l'écluse de la Badorque, nous produirons de magnifiques cascades. Et Riquet, étendant la main, désigna à M. de Seignelay des rochers granitiques qui, des hauteurs de Naurouze, descendaient vers le bassin au milieu de la plus splendide végétation.

—Mais rien ne sera perdu de ce trésor; j'emmagasinerai ici le trop plein des eaux des rigoles et j'alimenterai le canal pendant l'été. Donc, vous le voyez, tout est prévu pour empêcher le chômage, même par les plus grandes sécheresses.

M. de Seignelay admirait fort et ne se lassait pas d'en louer Riquet qui avait conçu le projet et Andréossy qui le faisait exécuter. Il s'informa des moyens que Riquet comptait employer pour faire pénétrer l'eau du réservoir dans le canal.

—Il vous faudra des leviers puissants pour les ouvrir, si vous vous servez de vannes, dit-il.

—Nous ouvrirons simplement avec des robinets, fit Riquet.

—Des robinets, comment ça? demanda le marquis.

Riquet le fit alors descendre sous les voûtes, et lui montra la place de trois robinets, qui devaient par des tuyaux horizontaux, qui leur seraient adaptés, traverser le mur vertical établi dans le grand mur.