Et il ne voulut jamais se disculper d'une accusation qu'il regardait comme trop odieuse. M. de la Feuille détruisit-il la grave accusation portée contre Riquet? on ne sait; mais Colbert ne la renouvela plus.

On s'était résolu à percer la montagne dans un endroit où elle paraissait le plus accessible, et d'où le canal rejoindrait, en ligne directe, la rivière d'Orb qui descendait dans la vallée, sur le versant opposé.

Riquet se trouva alors devant un obstacle qu'il n'avait pas prévu.

La montagne se prolongeait par mamelons dégradants jusqu'en vue de Béziers et la vaste plaine qui l'entoure actuellement était couverte alors par le grand étang de Montady. Riquet ne s'était pas aperçu que cette montagne était en partie composée de tuf sablonneux. Or, à mesure que l'on creusait la galerie sous laquelle devait passer le canal, tout s'éboulait sous les pioches des travailleurs, et ce que l'on avait ouvert la veille était enseveli dans le sable le lendemain.

Riquet, aidé par un ingénieur, Pascal de Nissan, cherchait à vaincre cet obstacle qui paraissait insurmontable.

Pascal de Nissan fit faire des traverses en bois pour soutenir les sables, mais rien ne tenait contre cette force immense. Les traverses cassaient comme verre sous le poids des sables; et la montagne menaçait, si on persistait dans cette résolution, de descendre dans l'étang et de combler par surcroît la partie du canal qui venait s'y amorcer et le traverser.

Le danger était terrible pour les ouvriers et presque tous finirent par refuser le travail en cet endroit dangereux.

Les semaines, les mois se passaient, les ouvriers découragés, attaquaient mollement avec mille précautions, et encore c'était à grand peine que Pierre obtenait qu'ils revinssent au chantier. Ils disaient que c'était folie; s'exposer sûrement à se faire ensevelir sous cette montagne de sable. Ils cessèrent bientôt toutes tentatives et déclarèrent que l'on ne traverserait jamais ce mal-pas (mauvais pas) nom qu'ils donnèrent à cet endroit et qu'il a conservé depuis.

Pascal de Nissan, Pierre, les supplièrent en vain de continuer les travaux. Ils durent alors avertir Riquet de ce qui se passait, et le conjurer de venir à Mal-pas.

On écrivit méchamment à Colbert: