—Cela vous déplaît aussi, je le vois, Louise, dit Riquet. Attendez, ma chère enfant; mon canal achevé, je dois une compensation à Jean-Mathias pour sa charge au parlement vendue à cause de moi, et pour l'aide qu'il me prête depuis sept ans.
Je vous promets de vous acheter cette charge qui vous tient tant au cœur.
—Pourquoi ne l'achetez-vous pas de suite, monsieur? dit Mme Riquet vivement. Qu'attendez-vous encore? Ne disiez-vous pas dernièrement que, dans un an, votre canal serait terminé?
Avancez de quelque temps le bien que vous voulez faire à cette époque à votre fils aîné, et achetez cette charge; l'occasion ne se représentera plus peut-être, l'an prochain.
—Mais je ne sais si je dois distraire une somme aussi forte de mes travaux, somme qui...
—Qui est à vous, monsieur, s'écria sa femme. Ne m'avez-vous pas dit aussi que vous aviez dépassé vos devis de deux millions; c'est-à-dire que vous avez jeté dans le canal deux millions de plus de votre fortune. Deux millions dont l'État ne vous tiendra aucun compte.
N'avez-vous pas le droit de disposer d'une parcelle de ce qui vous reste personnellement pour l'agrandissement de votre famille?
Mais, monsieur, c'est pousser trop loin le scrupule; il n'a pas sa raison d'être.
—Je sais bien que je suis le maître, dit Riquet, de disposer de ma fortune, mais vous verrez que cet achat sera jugé défavorablement.