Partout sur la route l'affluence fût prodigieuse.

On ne se lassait pas d'admirer le spectacle qu'offrait une flottille naviguant dans des lieux autrefois arides, où les habitants trouvaient avec peine de l'eau pour leurs besoins journaliers.

Le canal mit en rapport les terres incultes qui l'entouraient, décupla la valeur de celles déjà cultivées, porta vers les deux mers les richesses de l'intérieur, et amena à l'intérieur les richesses de l'étranger.

A peine le canal fut-il ouvert, que les marais, les bois et les autres terrains vacants, qui couvraient une partie du Languedoc, furent remplacés par les cultures les plus productives qui, en enrichissant cette province, amenèrent l'abondance dans les contrées voisines.

Dans l'ordre des constructions utiles, le canal de Riquet doit être considéré comme la merveille du siècle.

En 1684, la province du Languedoc voulut augmenter le nombre des épanchoirs: le roi envoya Vauban pour visiter le canal; il y vint, en 1686. Étonné de la grandeur de ce magnifique ouvrage, il s'écria dans un moment d'enthousiasme «qu'il eût préféré la gloire d'en être l'auteur, à tout ce qu'il avait.»

Ces paroles, toutes honorables qu'elles sont pour Riquet, le sont moins que la décision de Vauban qui ne voulut indiquer pour le perfectionnement du canal, que la continuation d'ouvrages semblables à ceux que Riquet lui-même avait fait exécuter.

Selon les calculs de Dupont de Nemours[12] en 1797, le canal avait augmenté de vingt millions le revenu des propriétés territoriales de cette partie de la France, et produit au trésor public en taxes et impôts divers, en un siècle, au moins cinq cents millions.

Toute cette prospérité, la France la devait à un seul homme.