CHAPITRE PREMIER
Un matin de juillet 1604, la ville de Béziers s'éveillait à peine, déjà toute dorée par le soleil levant; cinq heures n'avaient pas encore sonné aux horloges de l'antique petite cité; et déjà au milieu de la ville, dans une étroite rue où la haute tour de la cathédrale projetait une ombre éternelle; dans un vieux logis aristocratique, tout était en mouvement.
Les servantes allaient et venaient se bousculant à toutes les portes tant leur hâte était grande; des serviteurs, dans la cour qui précédait la vieille maison, s'empressaient à nettoyer les écuries, fourbissaient les cuivreries des portes et les ferrures des anneaux qui servaient à attacher les montures.
Il n'est pas jusqu'au gigantesque éteignoir à torches placé dans le coin, auprès du perron d'entrée, qui ne reçût aussi son coup d'époussette et un lustre inaccoutumé.
Dans la maison on entendait une voix d'homme, la voix du maître sans doute, car les réponses qu'on faisait à ses questions étaient respectueuses. Partout où elle retentissait, cette voix semblait communiquer une énergie et une vitesse nouvelles.
La porte de la maison s'ouvrit bruyamment et un homme parut sur le perron qui descendait par trois marches dans la cour.
Il était grand, bien pris, le corps serré dans un justaucorps de velours grenat; des chausses de satin gris et de grandes bottes de peau d'Espagne, montant jusqu'aux genoux, lui faisaient un ajustement élégant et harmonieux de ton; une grosse fraise godronnée entourait son cou et sa barbe, le forçant à tenir élevée sa tête fine et énergique.
Des cheveux frisés qui sentaient même un peu le roussi, tant la barbière qui achevait à peine sa coiffure avait mis de conscience à son œuvre, complétaient une toilette de grand air.