J'amène vers Toulouse et Bordeaux, les vins, les sels, les huiles et les savons de la Provence; j'exporte les grains du Languedoc, qui ne se vendent pas, faute de débouchés; enfin j'évite le passage en pays étrangers de marchandises françaises qui y paient un droit énorme pour revenir ensuite chez nous.

—Je comprends, dit Colbert subitement intéressé; mais les frais d'établissement seront considérables sans doute, n'est-ce pas?

—Non, monseigneur, eu égard à la grandeur, et à l'utilité de l'œuvre; d'ailleurs voici mes plans et devis. Je me suis rendu compte de tout, et je puis vous donner le chiffre presque certain des dépenses.

Riquet étala devant le ministre ses plans, sur lesquels Colbert suivit les explications qu'il lui donnait, faisant, de temps en temps, des objections, des remarques ou des questions qui dénotaient qu'il comprenait admirablement. Lorsque Riquet parla des rigoles.

—Mais qui me prouve que ces rigoles amèneront l'eau nécessaire au réservoir de Naurouze? demanda vivement Colbert. Je ne veux point commencer le moindre travail inutilement.

—J'en réponds, moi, monseigneur, s'écria Riquet.

—Vous n'êtes pas ingénieur, vous, monsieur, et je ne peux me fier aux affirmations de votre employé, qui me paraît bien jeune, d'après ce que vous dites vous-même; ces rigoles coûteront fort cher; si elles ne réussissent point, j'aurai perdu l'argent sans compensation.

—Monseigneur, s'écria Riquet déjà alarmé, j'offre de faire à mes frais une rigole d'essai, je compte y dépenser deux cent mille livres.

Cela vous convaincra-t-il!

—Je prends note de cet engagement, monsieur, répondit le ministre.