—Cela m'est permis, monseigneur; ma joie déborde. D'ailleurs je ne fais que dire ce que je pense de vous d'abord, monseigneur, et de mon œuvre ensuite.

—Allez, monsieur, dit Colbert en le congédiant, je presserai, autant que je pourrai, le départ du chevalier de Clerville. Préparez tout. Bonne chance, monsieur. La France et le roi vous sauront gré de votre réussite.

A peine de retour, Riquet écrivit à M. Roux, ingénieur de Toulouse, de venir le rejoindre à Bonrepos; il s'entendit de suite avec lui; il lui présenta Pierre ensuite.

—Voici un guide sûr, lui dit-il; puisque vous acceptez d'être mon coopérateur pour la création du canal, partez avec lui, et allez marquer pour monsieur de Clerville le tracé de la rigole de la montagne, depuis Durfort jusqu'à Naurouze. Quant à moi je vais à Toulouse avec Andréossy, nous mettre aux ordres de la commission qui va s'y réunir.

Le chevalier de Clerville n'arriva à Toulouse que le 21 avril 1664, malgré les lettres pressantes de Riquet et de la commission, et alors commença la vérification des rigoles.

La commission nommée par le roi et les états du Languedoc, ayant à sa tête monsieur de Bourgneuf, s'occupa avec Riquet de marquer les points où devait passer le canal. Enfin des procès-verbaux furent dressés, envoyés à Colbert, approuvés par le roi; et les travaux des commissions, commencés à Toulouse, le 1er novembre 1664, furent terminés à Béziers, le 17 janvier 1665.

La commission concluait à l'adoption du projet de Riquet.

Le chevalier de Clerville avait aussi fait un rapport de son côté, mais moins favorable que celui de la commission. Il prétendait qu'il fallait quinze ou seize bassins dans la montagne, afin que l'eau arrivât assez abondante pendant les quatre mois de sécheresse.

Riquet offrit immédiatement de commencer sa rigole d'essai.

Les travaux réussirent admirablement; malgré les avis contraires du chevalier de Clerville, qui, jaloux de Riquet, s'il ne lui fut pas constamment et ouvertement hostile, le combattit toujours sourdement par des chemins couverts et des insinuations malveillantes.