—Quoi! messieurs des États refusent! s'écriait-il; mais quelles raisons donnent-ils?

—Pas d'autre, mon père, que celle que je vous apporte.

—Que vous avais-je dit, monsieur, s'écria sa femme? Pourquoi tant travailler, tant vous fatiguer, pour aboutir à ce refus?

—Vous m'avez prédit ce refus, c'est vrai, ma chère, répliqua Riquet; mais que vous ai-je répondu moi? Que je sacrifierais ma fortune s'il le fallait, et que mon canal se ferait.

—Rien ne vous découragera donc, monsieur? s'écria Mme Riquet.

Son mari ne répondit rien; il songeait, la tête dans ses mains, tandis que sa femme et son fils, n'osant le troubler, s'entretenaient à voix basse de ce refus si peu prévu.

—J'ai trouvé, fit tout à coup Riquet.

Vous ne serez point ruinée, ma mie, ni nos enfants non plus, et je construirai mon canal. Saisissant une plume, Riquet écrivit séance tenante à Colbert.

Il lui proposait de se charger des travaux du canal moyennant la cession de toutes les terres jugées indispensables. Le canal serait érigé en fief dont les titulaires jouiraient à perpétuité.