—Oui, président, c'est aujourd'hui. Vous avez reçu à temps, je le vois, mon message qui vous annonçait la naissance de mon fils, le 29 juin, fête de saint Pierre et saint Paul. Je craignais que vous ne puissiez pas vous absenter.

—J'ai pris le temps, voilà tout, messire. Je voulais vous féliciter et embrasser ma cousine, votre femme, et aussi le nouveau poupon. A propos, est-il beau?

—Superbe, fit le père avec orgueil.

Tout en parlant, les deux hommes entrèrent dans la maison.

Le président tomba plutôt qu'il ne s'assit sur un fauteuil, en s'écriant:

—Ouf! je n'en puis plus, j'ai marché une partie de la nuit, tant j'avais hâte d'arriver; mais, vive Dieu! mon cousin, quelle route! quelles fondrières! j'ai manqué vingt fois me rompre le cou.

—Reposez-vous, cousin, répondit messire de Riquet; nous tâcherons ici de vous faire oublier tout cela. C'est presque un voyage, en ce temps-ci, que de venir de Toulouse à Béziers.

Holà! une pinte et deux coupes de vin aux épices, continua-t-il, frappant dans ses mains, selon l'usage du temps, pour appeler les servantes.

La grande pièce dans laquelle messire de Riquet avait introduit son visiteur ressemblait à une de celles qu'on montre de nos jours encore dans les vieux châteaux du Béarn en disant: Voici la chambre de parade où Henri IV a couché.

Les murailles étaient couvertes de belles tapisseries de verdure, encadrées de bois de noyer, dont les sculptures un peu lourdes étaient noircies par le temps. Au plafond, les solives formaient des caissons, dont les rentrants, plus sombres, prenaient des tons de vieux chêne.