Riquet arriva un jour à Bonrepos et annonça à sa famille qu'il comptait se reposer auprès d'elle au moins une semaine.
—Ah, tant mieux! cher papa, s'écria Marie, l'aînée de ses filles, qui était devenue une belle et grande demoiselle de dix-huit ans.
—Nous vous voyons si rarement maintenant, mon papa, s'écria la cadette câlinement. Toujours vos ouvriers, vos ingénieurs! vous les aimez, bien sûr, plus que nous, ces gens que vous ne quittez pas.
—Et votre canal, mon papa, reprit l'aînée, nous ne venons que bien loin après lui dans votre affection, il me semble?
Riquet attira ses filles auprès de lui.
—Ne me querellez pas, dit-il, ne soyez pas jalouses, mesdemoiselles, continua-t-il en les embrassant; mon canal aussi n'est-il pas un de mes enfants? mais je ne l'aime pas mieux que vous; là, êtes-vous contentes?
—Ouais, vous l'aimez trop, monsieur Riquet, dit une voix grondeuse à ses côtés. Vit-on jamais un homme si passionné pour une machine comme ça?
Riquet se retourna à cette apostrophe, et vit sa femme qui, assise, tricotait en marquant par des hochements de tête significatifs toute son indignation.
—Prenez garde, vous laissez tomber vos mailles, ma mie, dit son mari riant et feignant de ne pas comprendre la cause de ces mouvements.