—Ah monsieur, épargnez-moi, s'écria celle-ci, ne me classez pas parmi les envieux, ni parmi les ignorants; mais je suis mère, et je trouve que notre fortune s'en va d'un bon train à l'eau, voilà tout.
Enfin, continua-t-elle, se tournant avec une grande révérence vers M. de Froidour, si vous aviez beaucoup d'avocats comme celui-ci, pour défendre votre cause, vous auriez tout autant d'envieux, c'est vrai, mais plus un ignorant; il les convaincrait tous de leur sottise.
—Ah! mon cher ami, dit Riquet, vous n'avez jamais douté de mon œuvre, vous!
—Non certes, et je tâcherai de convaincre, comme le dit si aimablement madame, le plus de monde possible à cette grande idée. Je sais aussi que vous avez, Riquet, quelques ennemis puissants qui essaient de vous desservir auprès du ministre. Écrivez-lui. Moi, de mon côté, je vais à Paris, je vous promets de le voir, et si je ne puis parvenir jusqu'à lui je lui écrirai ce que je viens de vous dire.
CHAPITRE HUITIÈME
Riquet resta encore quelques jours à Bonrepos, après la visite de M. de Froidour. Un soir que la famille se trouvait réunie, Riquet, qui songeait depuis un instant, dit tout-à-coup.
—C'est une chose incroyable qu'il soit si difficile de faire comprendre et surtout apprécier le bien que l'on veut faire. Vous avez entendu M. de Froidour me prévenir que j'ai des ennemis nombreux et puissants. Cela doit être vrai; mais quels sont-ils?
J'ai soupçonné le chevalier de Clerville, il ne m'aime pas, me contrecarre assez volontiers; mais cependant je le crois incapable de me desservir auprès du ministre. Je cherche en vain le mobile qui le ferait agir, l'intérêt qu'il pourrait avoir à une dénonciation, d'ailleurs purement calomnieuse.