L'un était grand et maigre, avec un air sévère et quelque peu hautain, la figure longue et jaune des gens qui lisent beaucoup et qui semblent avoir gardé sur le visage un reflet des manuscrits qu'ils feuillettent sans cesse.

L'autre gros et court, tout souriant et fort rouge, avait le regard assuré, les mouvements vifs, d'une nature primesautière et emportée.

—De quoi s'agit-il, monsieur le baron de Bonrepos, demanda avec empressement le gros cordelier; tandis que l'autre serrait ses mains dans ses larges manches où elles disparurent soudain.

—Vous me connaissez, mes pères? tant mieux, j'en suis fort aise; nous arriverons de suite au but: Mais reprenez vos sièges, mes pères, je ne souffrirais pas que vous m'écoutiez debout.

Tous trois se rassirent.

—Voici ce dont il s'agit, commença Riquet: je sais que vous entendez et parlez fort bien le latin; je voudrais que vous me donniez vos avis précieux sur une devise latine que je vais vous soumettre.

Dites-moi votre sentiment, sans crainte de me blesser, acheva Riquet en riant. Elle n'est pas de moi, je n'aurais garde de l'avoir composée et pour cause.

—Nous vous écoutons, dirent les deux religieux.

Riquet tira de sa poche, sa médaille, et, pour en éviter la peine aux cordeliers, il se mit à lire lui-même la devise, ou plutôt à l'ânonner, car, ne sachant pas le latin, il prononçait tout de travers: terraque-potence-arbitre orbis. Lorsqu'il leva les yeux, il vit les deux cordeliers se consulter du regard; les sourcils du plus grand se froncèrent légèrement, tandis que le petit rougissait encore un peu plus.