—Vous êtes bien monsieur Riquet de Bonrepos, demanda le religieux, repoussant la médaille; nous ne nous trompons pas?

—Non, mon père, vous ne vous méprenez pas, répondit Riquet, tout surpris de la question; mais lisez cette impertinente devise, mon père, et donnez-moi votre avis.

—Ce n'est pas votre devise, monsieur, qui est impertinente, répondit son interlocuteur, d'un ton rogue.

—Comment pouvez-vous vous permettre de vous moquer ainsi de nous, s'écria le petit cordelier, emporté par la colère; nous lire, en goguenardant, ce latin, comme si nous étions indignes et incapables de le comprendre. Oh! semblable offense ne se peut supporter!

—Quelle offense? Qu'ai-je fait, s'écria Riquet. Quoi? vous pensez que je me moque de vous, parce que je lis comme un écolier ce latin? Mais je ne le sais pas, moi, le latin; je ne l'ai jamais appris, et c'est à peine si je parle un très bon français. Et Riquet se mit à rire de tout son cœur de la méprise.

—Vous voulez décidément trop nous en imposer, dit le grand cordelier, vous prétendez maintenant ne pas savoir le latin, et vous dites que vous êtes bien Riquet, celui qui crée le canal du Languedoc.

—Ah! pour ça, je vous l'assure, s'écria Riquet, riant toujours.

—Vous faites une œuvre où les plus savants ont échoué, et vous osez dire que vous ne savez pas le latin! mais pour construire, creuser, mener à bien cette immense entreprise, ne faut-il pas que vos connaissances passent celles des autres hommes! Allez, monsieur, ne vous moquez pas de nous.

—Je ne sais pas le latin, répétait Riquet riant toujours.