—Je vais prévenir monsieur Riquet que tout est en ordre; dans une heure nous arriverons pour être là et recevoir le cortège à son arrivée. Vous, Pierre, veillez bien à ce que la place ne soit pas envahie. Ce populaire pourrait causer quelques dégâts. Vos ouvrières sont-elles prêtes?

—Regardez, monsieur, répondit Pierre, et il lui montra du doigt les cinq cents femmes précédées par quelques ouvriers chargés de palmes qui débouchaient en ce moment et se plaçaient en face d'eux.

Andréossy rassuré sur toutes les parties du programme, reprit le chemin de Toulouse et Pierre se rassit, entouré de son équipe d'ouvriers choisis par lui, qui le suivaient et l'accompagnaient partout depuis le matin.

—Tout ira bien, je l'espère, fit Pierre en se frottant les mains; les ouvriers des ateliers savent, n'est-ce pas, qu'ils doivent suivre monsieur le baron et l'amener ici? continua-t-il, donnant à Riquet son titre, ce qu'il ne faisait que dans les grandes occasions.

Un robuste garçon, dont les mains noircies par le travail et les bras énormes attestaient un homme habitué à se servir des unes et des autres, avec une figure ouverte et franche et des yeux qui semblaient, mais sans hardiesse, n'avoir pas peur de regarder les gens en face, s'assit derrière Pierre, déposant à côté de lui un lourd marteau de forgeron. Il ôta un berret rouge qui couvrait une forêt de cheveux bruns, et demanda:

—Maître Piarou[7], pourquoi m'avez-vous commandé d'apporter ici ma petite forge?

—Ah! te voici, Féli, dit Pierre regardant le grand garçon avec amitié; je t'ai commandé d'apporter tes outils, parce que, s'il arrivait un accident quelconque aux portes au moment de l'ouverture, tu les réparerais bien vite.