—La vanne, maître?

—Oui, la vanne.

—Je ne sais pas, fit Félix honteux.

—Je vais te l'apprendre tout à l'heure, attends.

Vous voyez d'ici ce batelet pavoisé sur la Garonne, rempli de musiciens qui raclent déjà leurs crincrins pour s'accorder ensemble?

—Oui, maître, répondirent les ouvriers.

—Lorsque les archevêques béniront notre sas, sur l'ordre de M. Riquet j'ouvrirai les vannes de l'écluse qui retiennent la Garonne, c'est-à-dire celle du bief supérieur. L'eau entrera dans le sas, et, quand elle sera montée au niveau de la Garonne, j'ouvrirai toute grande l'écluse, et le bateau y fera une entrée triomphale: puis continuant sa marche le bateau passera dans le canal, lorsque, après avoir ouvert la vanne de l'écluse du bief inférieur, j'aurais établi le niveau entre le sas et le canal d'embouchure. Si au contraire le bateau arrivait du canal, où l'eau que l'on y a mis hier est très basse, je ferais entrer le bateau d'abord dans le sas presque vidé, puis j'ouvrirais la vanne du bief supérieur, je remplirais mon sas, et, lorsqu'il serait au niveau de la Garonne, le bateau qui aurait monté avec l'eau sortirait sans difficulté du sas.

Avez-vous compris? demanda Pierre achevant ses explications.

—C'est sûr, répondirent les hommes.

—Maître Piarou, interrogea Féli, pourquoi avez-vous dit: j'ouvrirai la vanne seulement, au lieu de l'écluse toute entière, pour laisser entrer à grand flot la Garonne? Il me semble que, comme ça, le sas serait bien plus vite rempli, et le bateau plus promptement passé.