9.--Partis à dix heures du matin. La troupe, qui marchait avant nous, a fait rencontre de l'ennemi, ce qui a un peu ralenti notre marche. À la première attaque, il a fait beaucoup de résistance, mais après quelques heures de combat il a été obligé de se reployer, mais sans abandonner la route sur laquelle nos convois devaient passer. Notre avant-garde s'est avancée et leur a fait abandonner leurs positions. Nous avons campé ce jour-là près le village de Berg, hauteur assez considérable, du côté opposé à l'ennemi, qui était sur la route immédiatement près l'abbaye de Vincastel, dans la Souabe.
Durant le temps que nous avons occupé cette position près le village de Berg, nous avons fait plusieurs mouvements de droite et de gauche pour nous éclairer sur la marche de nos ennemis.
Le général Moreau, qui voyait que ces mouvements de la part de l'ennemi rendaient sa retraite dangereuse, les fit attaquer le 1er octobre sur toute la ligne près de Biberach, et lui enleva vingt canons, des drapeaux et environ cinq-mille prisonniers, parmi lesquels soixante-cinq officiers; à cette affaire, c'était le général Latour qui commandait les Autrichiens.
14.--Partis de Berg à huit heures du matin, nous sommes venus camper à six lieues en avant de Stockach.
15.--À quatre heures du matin, nous sommes venus camper sur les hauteurs, à deux lieues de Stockach. Il faut remarquer que nous ne pouvions faire beaucoup de chemin parce qu'il fallait que notre avant-garde fît une ouverture parmi l'ennemi, et débarrassât les routes pour faire passer nos convois.
16.--Partis à cinq heures du matin pour camper sur les hauteurs, à un quart de lieue de Stockach, du côté de la route de Fribourg. Je dirai que c'est dans ces environs que nous avons eu plusieurs convois de malades ou de blessés égorgés.
Ces pauvres malheureux étaient couverts de blessures et sans défense. Les infâmes se vengeaient sur eux des fléaux de la guerre qui avait dévastée leur contrée. Mais qu'ont-ils gagné, ces esprits faibles qui se sont laissé séduire par les écrits que leurs seigneurs et leurs émigrés leur avaient envoyés en leur disant que s'ils pouvaient nous arrêter, la guerre serait bientôt finie et qu'ils seraient affranchis pendant deux ans de tout impôt? Ils étaient tellement pénétrés qu'il n'y avait plus qu'à serrer la main pour nous prendre, qu'ils quittaient tous leurs chaumières et se mettaient de tous les côtés sur la route, les chemins. Tout était bien gardé. Les femmes, les filles, les enfants, enfin tous s'y mettaient, et l'armée autrichienne les secondait dans leurs mauvais desseins.
Ils sont venus un jour pour prendre notre magasin de poudre qui était près de cette ville avec plusieurs pièces d'artillerie de réserve, et aussi celles que l'on avait prises à l'ennemi et que l'on n'avait pas eu le temps d'évacuer; mais ils ont été bien reçus. Il s'est trouvé quelques-unes de nos troupes dans les environs, ils ont été repoussés et se sont retirés dans les bois des environs. Dans les villages d'où ces misérables étaient partis pour nous couper notre route, on a brûlé quelques unes de leurs maisons et on a pillé les autres.
Nous sommes sortis du camp de Stockach après que tout a été sur des voitures, et qu'il ne restait plus rien dans le magasin. C'était le 17, à onze heures du matin, que nous avons suivi la route de Fribourg, et que nous sommes venus camper à deux lieues et demie de ce côté-ci de Stockach, près d'un village où tous les habitants étaient partis dans les bois pour nous couper notre retraite. Dans cet endroit, nous avons eu des blessés égorgés; pendant la nuit quelqu'un a mis le feu à une maison. Étant dans cette position, nous avons passé en avant du village et nous avons attendu notre arrière-garde.
18.--À une heure de l'après-midi, nous avons campé sur les hauteurs en avant de Lemmingen où on nous faisait espérer des vivres; on a trouvé dans cette ville un seul homme et point de vivres. Je dirai qu'on a brûlé environ vingt-quatre maisons; la pluie nous avait pris près de la ville de Hoch, et la nuit que nous avons été camper sur les hauteurs de la ville de Lemmingen a été abominable; la pluie emmenait toute la terre de notre camp dans la colline.