Nous en reviendrons à notre armée du Nord. Nous y voilà arrivés; c'est dans peu qu'il nous faudra mesurer pour la première fois nos armes avec celles de notre ennemi.

Nous n'avons pu loger au camp, car les tentes étaient toutes remplies; nous avons été obligés de rétrograder jusqu'au village de Beaufort, entre Avesnes et Maubeuge (c'était le 31 août). Là, nous avons trouvé le régiment de Beaujolais.

Depuis, ce n'a été que bivouacs et contremarches nuit et jour, car nous avions affaire à un ennemi dont nous n'étions pas les maîtres, et nous n'étions que très peu de monde.

7 septembre.--Partis de Beaufort pour Ténières près de la Sambre, où l'ennemi venait piller tous les jours. Nous nous sommes opposés à leur dessein. De là, nous avons été à Avesnes.

Après un repos de quatre heures, on a battu la générale. Nous sommes partis pour Marbaix, sur la route de Landrecies, où nous avons bivouaqué pendant quarante-huit heures, suivant le mouvement de l'ennemi.

12 septembre.--À cinq heures du matin, nous sommes arrivés derrière Landrecies. La tête de colonne a commencé l'attaque derrière la ville, sur la route du Quesnoy. Feu vif de notre part, mais l'ennemi a très bien répondu dans la forêt de Mormal où il était retranché. Cependant leurs premiers retranchements ont été enlevés, mais les abattis de gros arbres nous ont empêchés d'aller plus avant. Notre bataillon est entré dans la forêt à huit heures du matin. À sept heures du soir, la colonne s'est retirée. On a perdu du monde dans les deux partis. L'armée de siège de l'ennemi venait donner du secours à l'armée d'observation. C'est ce qui a fait que nous nous sommes retirés sur les glacis de Landrecies, sans quoi ils nous auraient bloqués dans la forêt [7]. Pour notre première bataille, le succès n'a pas été bien grand.

Repos de trois heures sur les glacis de Landrecies; on nous a donné quelques petits rafraîchissements. La colonne s'est remise en route; chaque corps a été reprendre ses positions du 7 septembre.--Quinze heures de marche.

Notre colonne, de douze mille hommes, tant cavalerie qu'artillerie, avait voulu débloquer le Quesnoy et lui faire passer des vivres. Il était trop tard: lorsqu'elle est arrivée pour attaquer l'armée d'observation de l'ennemi, la ville s'est rendue; son dernier coup de canon était tiré avant le commencement de notre attaque.

Revenus à Beaufort, le bivouac a commencé à une heure du matin, à une demi-lieue en avant du village, derrière le régiment de Beaujolais qui était campé sur une hauteur, à un quart de lieue de la Sambre. On attendait de jour en jour le blocus de Maubeuge.

29 septembre.--Nous étions à bivouaquer comme de coutume, lorsqu'un déserteur autrichien est venu au camp de Saint-Remi-malbâti; il a dit que l'ordre était donné dans leur régiment de se tenir prêt à passer la Sambre pour les quatre heures du matin. Le régiment de Beauce, n° 68, était à ce camp; il a redoublé son service et s'est mis sur ses gardes. Il faisait un brouillard très obscur: aussi l'ennemi en a bien profité pour jeter ses pontons pendant la nuit, et, à quatre heures précises, ont passé trente mille hommes bien assurés de la victoire [8]. Les troupes campées sur les hauteurs près la Sambre ont fait vigoureuse résistance, mais n'ont pu tenir contre une colonne si nombreuse, et ont été obligées de se replier sur nous, qui étions en seconde ligne. Nous n'avons pu arrêter la marche des Autrichiens qui nous attaquaient de tous les côtés.