— Monsieur, dit Montcalm avec force, en plaçant une main sur son coeur, vous avez pour garantie la parole d'honneur d'un gentilhomme» français, et cela doit vous suffire.

— Et cela suffira, Monsieur, répondit Duncan. Et se tournant vers l'officier qui commandait l'escorte, il ajouta: — En arrière, Monsieur. Retirez-vous hors de la portée de la voix, et attendez de nouveaux ordres.

Tout ce dialogue ayant eu lieu en français, Munro, qui n'en avait pas compris un seul mot, vit ce mouvement avec un mécontentement manifeste, et il en demanda sur-le-champ l'explication au major.

— N'est-il pas de notre intérêt, Monsieur, de ne montrer aucune méfiance? dit Heyward. Monsieur de Montcalm nous garantit notre sûreté sur son honneur, et j'ai ordonné au détachement de se retirer à quelque distance, pour lui prouver que nous comptons sur sa parole.

— Vous pouvez avoir raison, major; mais je n'ai pas une confiance excessive en la parole de tous ces marquis, comme ils se nomment. Les lettres de noblesse sont trop communes dans leur pays pour qu'on puisse y attacher une idée d'honneur véritable.

— Vous oubliez, mon cher Monsieur, que nous sommes en conférence avec un militaire qui s'est distingué par ses exploits en Europe et en Amérique. Nous n'avons certainement rien à appréhender d'un homme qui jouit d'une réputation si bien méritée.

Le vieux commandant fit un geste de résignation; mais ses traits rigides annonçaient qu'il n'en persistait pas moins dans une méfiance occasionnée par une sorte de haine héréditaire contre les Français, plutôt que par aucun signe extérieur qui pût alors donner lieu à un sentiment si peu charitable. Montcalm attendit patiemment la fin de cette petite discussion qui eut lieu en anglais et à demi-voix, et s'approchant alors des deux officiers anglais, il ouvrit la conférence.

— J'ai désiré avoir cette entrevue avec votre officier supérieur, Monsieur, dit-il en adressant la parole à Duncan, parce que j'espère qu'il se laissera convaincre qu'il a déjà fait tout ce qu'on peut exiger de lui pour soutenir l'honneur de son souverain, et qu'il consentira maintenant à écouter les avis de l'humanité. Je rendrai un témoignage éternel qu'il a fait la plus honorable résistance, et qu'il l'a continuée aussi longtemps qu'il a eu la moindre espérance de la voir couronnée par le succès.

Lorsque ce discours eut été expliqué à Munro, il répondit avec dignité et avec assez de politesse:

— Quelque prix que j'attache à un pareil témoignage, rendu par monsieur de Montcalm, il sera encore plus honorable quand je l'aurai mieux mérité.