Le chasseur n'eut pas besoin de s'épuiser en arguments pour le convaincre. Il parlait encore que Duncan travaillait déjà à effacer jusqu'aux moindres vestiges de son masque emprunté. S'étant ainsi préparé pour l'entrevue qu'il allait avoir avec sa maîtresse, il prit congé de son compagnon, et disparut par la porte qui lui avait été indiquée.
OEil-de-Faucon le vit partir avec un air de satisfaction, lui recommanda de ne pas perdre trop de temps en propos inutiles, et profita de son absence pour examiner l'état du garde-manger des Hurons; car, comme nous l'avons déjà dit, cette caverne était le magasin des provisions de la peuplade.
Duncan se trouvait alors dans un second passage étroit et obscur; mais une lumière qui brillait sur la droite était pour lui l'étoile polaire. C'était une autre division de la caverne, et on l'avait destinée à servir de prison à une captive aussi importante que la fille du ci-devant commandant de William-Henry. On y voyait une foule d'objets provenant du pillage de cette forteresse, et le sol était couvert d'armes, d'habits, d'étoffes, de malles et de paquets de toute espèce. Au milieu de cette confusion il trouva Alice, pâle, tremblante, agitée, mais toujours charmante. Elle avait été informée par David de l'arrivée de Duncan chez les Hurons.
— Duncan! s'écria-t-elle comme effrayée des sons de sa propre voix.
— Alice! répondit le major en sautant légèrement par-dessus tous les obstacles qui s'opposaient à son passage pour s'élancer à son côté.
— Je savais que vous ne m'abandonneriez jamais, Duncan, lui dit- elle; mais je ne vois personne avec vous, et quelque agréable que me soit votre présence, j'aimerais à croire que vous n'êtes pas tout à fait seul.
Heyward, voyant qu'elle tremblait de manière à lui faire craindre qu'elle ne pût se soutenir sur ses jambes, la pria de s'asseoir, et lui raconta très brièvement tous les événements que nos lecteurs connaissent déjà. Alice l'écoutait avec un intérêt qui lui permettait à peine de respirer; et quoique le major n'eût pas longtemps appuyé sur le désespoir de Munro, les larmes coulèrent abondamment le long des joues d'Alice. Son émotion se calma pourtant insensiblement, et elle écouta la fin du récit de Duncan, sinon avec calme, du moins avec beaucoup d'attention.
— Et maintenant, Alice, ajouta-t-il, votre délivrance dépend de vous en grande partie. Avec le secours de notre expérimenté et inappréciable ami le chasseur, nous pouvons réussir à échapper à cette peuplade barbare; mais il faut vous armer de tout votre courage. Songez que vous allez vous jeter dans les bras de votre vénérable père, et que son bonheur et le vôtre dépendent de vos efforts.
— Et que ne ferais-je pas pour un père qui a tant fait pour moi!
— Et ne feriez-vous rien pour moi, Alice?