— Vous oubliez que je vous ai dit que notre guide est devenu un
Mohawk, un de nos amis; il sert dans notre armée.

— Et moi je vous dis que celui qui est né Mingo mourra Mingo. Un Mohawk! parlez-moi d'un Delaware ou d'un Mohican pour l'honnêteté; et quand ils se battent, ce qu'ils ne font pas toujours, puisqu'ils ont souffert que leurs traîtres d'ennemis les Maquas leur donnassent le nom de femmes; quand ils se battent, dis-je, c'est parmi eux que vous trouverez un vrai guerrier.

— Suffit, suffit, dit Heyward avec quelque impatience; je ne vous demande pas un certificat d'honnêteté pour un homme que je connais et que vous ne connaissez pas. Vous n'avez pas répondu à ma question. À quelle distance sommes-nous du gros de l'armée et du fort Édouard?

— Il semble que cela dépend de celui qui vous servira de guide. On croirait qu'un cheval comme le vôtre pourrait faire beaucoup de chemin entre le lever et le coucher du soleil.

— Je ne veux pas faire avec vous assaut de paroles inutiles, l'ami, dit Heyward tâchant de modérer son mécontentement, et parlant avec plus de douceur. Si vous voulez nous dire à quelle distance est le fort Édouard, et nous y conduire, vous n'aurez pas à vous plaindre d'avoir été mal payé de vos peines.

— Et si je le fais, qui peut m'assurer que je ne servirai pas de guide à un ennemi; que je ne conduirai pas un espion de Montcalm dans le voisinage de l'armée? Tous ceux qui parlent anglais ne sont pas pour cela des sujets fidèles.

— Si vous servez dans les troupes dont je présume que vous êtes un batteur d'estrade, vous devez connaître le soixantième régiment du roi.

— Le soixantième! vous me citeriez peu d'officiers au service du roi en Amérique dont je ne connaisse le nom, quoique je porte une redingote de chasse au lieu d'un habit écarlate.

— En ce cas vous devez connaître le nom du major de ce régiment.

— Du major! s'écria le chasseur en se redressant avec un air de fierté; s'il y a dans le pays un homme qui connaisse le major Effingham, c'est celui qui est devant vous.