Magua murmura entre ses dents quelques mots inintelligibles, et dit ensuite: — Et les Delawares savent-ils nager aussi bien que se glisser entre les broussailles? — Où est le Grand-Serpent?
Heyward vit par cette demande que ses ennemis connaissaient mieux que lui les deux sauvages qui avaient été ses compagnons de danger.
— Il est parti de même à l'aide du courant, répondit-il.
— Et le Cerf-Agile? je ne le vois pas ici.
— Je ne sais de qui vous voulez parler, répondit le major, cherchant à gagner du temps.
— Uncas, dit Magua, prononçant ce nom delaware avec encore plus de difficulté que les mots anglais. Bounding-Elk est le nom que l'homme blanc donne au jeune Mohican.
— Nous ne pouvions pas nous entendre, répondit Heyward, désirant prolonger la discussion; le mot elk signifie un élan; comme celui deer un daim; et c'est par le mot stag qu'on désigne un cerf.
— Oui, oui, dit l'Indien en se parlant à lui-même dans sa langue naturelle, les Visages-Pâles sont des femmes bavardes; ils ont plusieurs mots pour la même chose, tandis que la Peau-Rouge explique tout par le son de sa voix. — Et s'adressant alors au major, en reprenant son mauvais anglais, mais sans vouloir changer le nom que les Canadiens avaient donné au jeune Mohican: — Le daim est agile, mais faible, dit-il; l'élan et le cerf sont agiles, mais forts; et le fils du Grand-Serpent est le Cerf-Agile. A-t-il sauté par-dessus la rivière pour gagner les bois?
— Si vous voulez parler du fils du Mohican, répondit Heyward, il s'est échappé comme son père et la Longue-Carabine, en se confiant au courant.
Comme il n'y avait rien d'invraisemblable pour un Indien dans cette manière de s'échapper, Magua ne montra plus d'incrédulité; il admit même la vérité de ce qu'il venait d'entendre, avec une promptitude qui était une nouvelle preuve du peu d'importance qu'il attachait personnellement à la capture de ces trois individus. Mais il fut évident que ses compagnons ne partageaient pas le même sentiment.