— Justice! répéta l'Indien en jetant sur la jeune fille, dont les traits étaient calmes et tranquilles, un regard de côté dont l'expression était féroce; est-ce donc justice que de faire le mal soi-même, et d'en punir les autres? Magua n'était pas coupable, c'était l'eau de feu qui parlait et qui agissait pour lui; mais Munro n'en voulut rien croire. Le chef huron fut saisi, lié à un poteau et battu de verges comme un chien, en présence de tous les guerriers à visage pâle.

Cora garda le silence, car elle ne savait comment rendre excusable aux yeux d'un Indien cet acte de sévérité peut-être imprudente de son père.

— Voyez! continua Magua en entrouvrant le léger tissu d'indienne qui couvrait en partie sa poitrine; voici les cicatrices qui ont été faites par des balles et des couteaux; un guerrier peut les montrer et s'en faire honneur devant toute sa nation: mais la tête grise a imprimé sur le dos du chef huron des marques qu'il faut qu'il cache, comme un squaw, sous cette toile peinte par des hommes blancs.

— J'avais pensé qu'un guerrier indien était patient; que son esprit ne sentait pas, ne connaissait pas les tourments qu'on faisait endurer à son corps.

— Lorsque les Chippewas lièrent Magua au poteau et lui firent cette blessure, répondit le Huron avec un geste de fierté en passant le doigt sur une longue cicatrice qui lui traversait toute la poitrine, le Renard leur rit au nez et leur dit qu'il n'appartenait qu'à des squaws de porter des coups si peu sensibles. Son esprit était alors monté au-dessus des nuages; mais quand il sentit les coups humiliants de Munro, son esprit était sous la terre. — L'esprit d'un Huron ne s'enivre jamais, il ne peut perdre la mémoire.

— Mais il peut être apaisé. Si mon père a commis une injustice à votre égard, prouvez-lui, en lui rendant ses deux filles, qu'un Huron peut pardonner une injure; vous savez ce que le major Heyward vous a promis, et moi-même… Magua secoua la tête et lui défendit de répéter des offres qu'il méprisait.

— Que voulez-vous donc? demanda Cora, convaincue douloureusement que la franchise du trop généreux Duncan s'était laissé abuser par la duplicité maligne d'un sauvage.

— Ce que veut un Huron est de rendre le bien pour le bien et le mal pour le mal.

— Vous voulez donc vous venger de l'insulte que vous a faite Munro, sur deux filles sans défense? J'aurais cru qu'un chef tel que vous aurait regardé comme plus digne d'un homme de chercher à le rencontrer face à face, et d'en tirer la satisfaction d'un guerrier.

— Les Visages-Pâles ont de longs bras et des couteaux bien affilés, répondit l'Indien avec un sourire de joie farouche; pourquoi le Renard-Subtil irait-il au milieu des mousquets des guerriers blancs, quand il tient entre ses mains l'esprit de son ennemi?