Kazan et Louve Grise ont un fils, le petit Bari, que l’on retrouve dans un autre volume de Curwood, intitulé Bari chien-loup, qui lui est spécialement consacré.

Paul Gruyer et Louis Postif.

KAZAN

I
L’ENSORCELLEMENT

Dans la confortable maison où il se trouvait à cette heure, Kazan était couché, muet et immobile, son museau gris reposant entre les griffes de ses deux pattes de devant, et les yeux mi-clos.

Il semblait pétrifié comme un bloc de rocher. Pas un muscle de son corps ne bougeait, pas un de ses poils ne remuait, ses paupières n’avaient pas un clignotement.

Et cependant, sous cette apparente immobilité, chaque goutte du sang sauvage qui coulait dans les veines de son corps splendide frémissait en une émotion intense, inconnue de lui jusque-là. Chaque fibre de ses muscles puissants était tendue comme un fil d’acier.

Les quatre ans d’existence que comptait Kazan, chez qui il y avait un quart de loup et trois quarts de chien husky[1], s’étaient entièrement écoulées dans les immenses et blanches solitudes de la Terre du Nord. Là il avait connu les affres de la faim, là il avait subi le gel et le froid. Il avait écouté le gémissement des vents sur les Barrens[2] et s’était aplati, sous le craquement terrible de la tempête, au bruit du tonnerre des torrents et des cataractes. Sa gorge et ses flancs portaient les cicatrices des batailles qu’il avait livrées et, sous la morsure de la neige, ses yeux s’étaient injectés de sang.

[1] Le husky est une variété de chiens de traîneau employés dans la partie septentrionale de l’Amérique du Nord, le « Northland » ou Terre du Nord, qui s’étend, sur deux mille kilomètres environ, jusque vers le Cercle Arctique.

[2] Ce nom de Barrens s’applique aux étendues les plus sauvages et désertiques du Northland.